DANS LE SECRET D’UNE COUR D’ASSISES

Nouvelle de Gérard MOREL parue dans le N° 3255

de l’hebdomadaire NOUS DEUX (17 Novembre 2009)

 

Il y a des femmes dont on tombe amoureux dès qu’on les rencontre pour la première fois. Ces femmes-là sont plus que belles, elles possèdent le talent d’attirer sur elles la lumière partout où elles passent, presque sans le vouloir. Le plus souvent, elles mènent des vies ponctuées de coups de foudre, de coups de théâtre et parfois même de coups de feu. Elles font semblant de s’en plaindre, bien qu’elles soient rarement les victimes des passions qu’elles inspirent. Néanmoins, même si le cas est rare, il leur arrive de subir le contrecoup de quelques uns des drames qu’elles suscitent.

Comme la plupart des hommes, j’avais toujours rêvé de croiser la destinée d’une de ces femmes d’exception. Il me semblait même que je la reconnaîtrais tout de suite. Je pensais, un peu naïvement, qu’elles semblaient toujours sortir de chez le coiffeur, qu’elles étaient habillées avec une élégance faussement discrète, et qu’elles observaient les hommes présents autour d’elles pour choisir celui qu’elles allaient séduire…

Désormais, j’ai rencontré l’une des ces femmes. Mais, contrairement à ce qui se passe dans les feuilletons américains, notre histoire n’a pas commencé à l’occasion du défilé de mode d’une maison de couture, ni dans le salon de réception d’une ambassade.

Puisque, la première fois que j’ai vu Claire, elle était entourée de deux policiers. Qui la conduisaient devant le jury de la Cour d’assises, pour qu’elle y soit jugée.

Ce matin-là, elle portait une robe noire très simple, probablement destinée à émouvoir les jurés, et ses cheveux étaient tirés en arrière sans la moindre recherche.

Et pourtant, dès qu’elle entra dans la salle d’audience, le silence se fit. Tous, nous la regardions, avec autant d’étonnement que d’admiration, car je crois bien qu’elle nous paraissait trop belle pour passer en jugement…

Un mois plus tôt, j’avais reçu une lettre m’informant que mon nom avait été tiré au sort sur une liste de personnes majeures et jamais condamnées, je devais donc accomplir mon devoir de citoyen en allant siéger en Cour d’assises durant toute une session. Sur le moment, cette nouvelle m’avait plutôt agacé. J’avais 33 ans, je consacrais tous mes efforts à retenir la clientèle de mon commerce d’accessoires informatiques et la perspective de fermer ma boutique durant une quinzaine de jours m’inquiétait. Je craignais que mes clients les plus pressés n’en profitent pour aller s’adresser à l’un de mes concurrents. Et puis, au fil des jours, j’avais admis qu’une participation à une session d’assises pouvait constituer une expérience hors du commun, dont je reviendrais mûri, et certainement différent. Quant à mes clients, ceux qui utiliseraient ce prétexte pour se passer de mes services étaient ceux qui m’auraient quitté un jour ou l’autre.

Peu à peu, je m’étais même surpris à attendre avec impatience le début de cette session. Et le premier matin, j’étais arrivé très tôt pour écouter la présidente de la Cour d’assises, qui était une magistrate professionnelle, nous expliquer comment allaient se dérouler les procès successifs. Chaque jour, nous devions tous revenir au tribunal, pour savoir si nous avions été tirés au sort pour participer au procès du jour.

J’ai été très déçu, le premier matin, de ne pas faire partie des appelés.

Lorsque Claire m’apparut, j’avais déjà participé à trois jugements. Nous avions condamné un homme accusé d’avoir assassiné son ex-épouse, mais le surlendemain nous avions relaxé un jeune couple poursuivi pour plusieurs attaques à main armée, et enfin nous avions accordé une peine minime à une lycéenne qui avait tué le garçon qui l’avait violée.

De procès en procès, je comprenais mieux le rôle des avocats, j’anticipais sur le déroulement de la procédure et je ne posais presque plus de questions à la présidente ni aux deux autres magistrats professionnels qui siégeaient avec nous.

Bref, j’étais plus sûr de moi, et je me passionnais pour cette mission de juré. J’essayais de comprendre les mobiles qui avaient poussé les accusés à enfreindre la loi, par cupidité, par vengeance ou par passion, et je cherchais à fixer leur condamnation de manière à les faire réfléchir, sinon changer de vie.

Mais j’oubliai tous ces principes à l’instant même où Claire vint s’asseoir à la place des accusés.

Après l’avoir saluée, la présidente de la Cour d’assises lui posa quelques questions destinées à confirmer son identité.

Très calmement, et tout en nous regardant les uns après les autres comme si elle voulait savoir si nous étions dignes de la juger, elle répondit qu’elle s’appelait Claire Carbonel, épouse Chabrand. Née à Damville, dans l’Eure. Je la vis hésiter seulement au moment où la présidente lui demanda son âge.

Elle marqua un temps d’arrêt puis, avec un haussement d’épaules résigné, elle avoua qu’elle aurait 30 ans le 18 Mars prochain.

Elle indiqua à la suite son adresse, et sa profession :

-J’étais dermatologue, soupira-t-elle. Sur le point d’ouvrir un cabinet.

-Etes-vous encore mariée, demanda la présidente.

-Bien sûr, répliqua Claire, comme si la réponse allait de soi. Mais je refuse que mon mari soit interrogé comme témoin dans cette affaire qui ne le concerne pas.

Sans lui répondre, la présidente donna lecture des faits qui lui étaient reprochés.

Après plusieurs mois consacrés à faire faire des investigations par la police scientifique et à interroger tous les proches de la victime, un juge d’instruction avait décidé de traduire Claire Chabrand devant la Cour d’assises afin qu’elle y soit jugée pour le meurtre de Raoul Millet, pharmacien, âgé de 46 ans au moment des faits.

-La particularité de ce dossier est que Raoul Millet était à la fois votre amant et l’employeur de votre mari, insista la présidente.

-Non, répondit lentement Claire. Pour moi, il restait l’employeur de mon mari. Il n’est devenu mon amant que sous la contrainte.

Tout ce qu’expliqua Claire devant nous les jurés, fut confirmé par l’audition des différents témoins. Je sentais d’ailleurs qu’elle n’était pas femme à mentir. Elle assumait son crime avec un profond détachement comme si elle négligeait déjà la condamnation future qui restait l’enjeu de ce procès en Cour d’assises. A moins que pour elle, il y eut un autre enjeu, encore plus important ?

Bref, Claire commença par rappeler que Cyril, son mari, avait interrompu des études de chercheur quand ils avaient décidé de se marier, et il avait utilisé ses diplômes pour se faire engager dans la pharmacie de Raoul Millet. Où il travaillait depuis sept ans.

Un soir, Cyril était rentré chez eux catastrophé. Comme Claire avait remarqué son air défait, il lui avait avoué avoir commis dans la pharmacie ce qu’il appelait des « imprudences ». Plus précisément, il avait eu la faiblesse de dérober de la morphine ainsi que huit boîtes d’un médicament avec lequel on pouvait extraire de la drogue. Or, Cyril avait eu ce jour-là la sensation que son patron le surveillait, comme s’il avait des soupçons.

-Mais pourquoi se méfierait-il, si c’est bien la première fois que tu voles ces produits, s’était étonnée Claire.

Pour répondre à une question aussi logique, Cyril avait dû poursuivre ses aveux. Et révéler qu’il détournait ces produits depuis plus d’un mois. Il lui en fallait même de plus en plus, pour soulager les souffrances d’une de ses amies qui était atteinte d’un cancer généralisé alors qu’elle n’avait même pas trente ans.

-Elle pourrait en demander au chirurgien qui la suit, avait objecté Claire.

Mais Cyril lui avait expliqué que les médecins refusaient de prescrire des doses très importantes aux malades qui étaient encore jeunes, car lorsque ceux-ci avaient la chance de guérir, ils risquaient de rester dépendants de ces drogues.

-Malheureusement, avait conclu Cyril, mon amie Marie-Sophie n’a plus que quelques jours à vivre. Aussi n’ai-je aucune hésitation à apaiser ses souffrances. Je serais même prêt à continuer. Mais j’ai peur que Monsieur Millet ne me licencie et qu’il me dénonce à la police.

D’abord, Claire avait ordonné à son mari de cesser son trafic, qui aurait pu être interprété comme un moyen de se fournir de la drogue ou d’en revendre. Puis, une fois qu’il lui avait promis de lui obéir, elle avait décidé d’aller trouver Monsieur Millet et de lui expliquer à la fois les vols commis par son mari, et leur motivation. Elle était persuadée d’arriver à trouver les mots pour le convaincre, mieux que ne l’aurait fait ce grand timide de Cyril !

C’était donc très sûre d’elle-même qu’elle s’était présentée devant Monsieur Millet.

Aujourd’hui, à la demande d’un juré, elle acceptait de reconnaître qu’elle avait soigneusement choisi sa robe ce jour-là, pour être un peu plus élégante que d’habitude. Mais c’était pour rester à son avantage, et user du seul atout dont bénéficient les femmes quand elles doivent convaincre un homme.

Claire regarda bien en face la présidente de la Cour pour lui affirmer qu’à aucun moment elle n’avait eu l’intention de séduire l’employeur de son mari. Elle avait même été la première surprise de constater qu’il semblait écouter à peine ses arguments, et qu’il était plus intéressé par …elle !

Lorsqu’elle avait fini de plaider la cause de Cyril, Monsieur Millet s’était contenté de lui rétorquer qu’il ne croyait pas un mot de cette histoire d’amie à soulager avant qu’elle ne meure. Selon lui, Cyril participait à un trafic de stupéfiants et, comme il avait compris qu’on le soupçonnait, il avait raconté cette fable à sa femme, histoire de justifier son prochain licenciement.

-Mais il n’a pas eu tout à fait tort, avait-il très vite ajouté.

En expliquant à Claire qu’il avait bien constaté la disparition de certaines doses de morphine et qu’il avait surveillé Cyril pour obtenir la preuve de sa culpabilité, mais qu’il était maintenant prêt à renoncer aux poursuites.

-Je pourrai toujours raconter que les produits stupéfiants manquants ont été dérobés lors du dernier cambriolage de la pharmacie. Ce qui mettrait votre mari hors de cause… J’espère que vous mesurez votre chance de rencontrer un pharmacien aussi « tolérant » que moi !

Un geste supplémentaire de Monsieur Millet avait confirmé les appréhensions de Claire : cet homme-là ne tiendrait sa promesse que si elle savait se montrer …reconnaissante.

Là, elle avait hésité quelques instants. Non pas parce que Monsieur Millet était vieux ou laid, non, elle aurait même pu le trouver attirant si elle l’avait connu en d’autres circonstances. Mais cette pression qu’il exerçait sur elle suffisait à le lui rendre odieux.

Et puis, très vite, elle avait réfléchi. S’il déposait plainte contre Cyril, celui-ci risquait de faire de la prison. Et de toute façon, il ne pourrait plus jamais travailler dans une pharmacie ni dans le milieu médical. Ses diplômes scientifiques se révèleraient inutilisables, il deviendrait aigri… Alors que, si elle cédait aux désirs de Monsieur Millet, Cyril n’en saurait jamais rien et continuerait à travailler sans soucis.

Devant un dilemme ainsi résumé, une seule solution s’imposait. Et Claire avait laissé Monsieur Millet se rapprocher d’elle.

A ce stade de ses aveux, plusieurs jurés l’interrompirent pour lui demander pourquoi elle avait entrepris de prendre ainsi la défense de son mari. Selon eux, elle aurait dû le laisser s’expliquer seul face à son employeur. A moins qu’elle l’ait jugé incapable de plaider sa cause ? Ou qu’elle se soit sentie responsable de lui ?

Claire acquiesça à toutes ces questions. Oui, en effet, elle aurait pu laisser à son mari le soin de se sortir lui-même de l’imbroglio où il avait plongé. Mais elle s’était crue plus convaincante que lui. Et puis, elle avait toujours essayé d’aider Cyril, en toutes circonstances, par amour et par gratitude. Parce que, à l’époque où ils s’étaient connus et étaient tombés amoureux l’un de l’autre, Cyril avait tenu à s’installer avec elle et, pour y parvenir, il avait interrompu ses études de chercheur. Claire lui était toujours restée reconnaissante de ce sacrifice.

-Pour moi, non seulement il a renoncé à la carrière prestigieuse qui s’ouvrait à lui, mais en plus il s’est fâché avec sa famille. Car sa mère l’avait toujours poussé dans ses études et elle ne tolérait pas qu’il abandonne si près du but. Surtout à cause d’une femme. Mais Cyril n’a pas changé d’avis, et j’ai entrevu là la force de son amour. Je m’étais jurée de ne jamais le décevoir.

En s’exprimant ainsi, elle redevenait émouvante, malgré l’orgueil de sa beauté. Pourtant, je retrouvais dans ces phrases-mêmes la confirmation de ce que je pensais d’elle. La beauté de cette femme était trop éclatante, elle en devenait dangereuse car elle attirait autour d’elle le malheur et la fatalité.

Monsieur Millet, lui aussi, avait été subjugué par Claire. Au point que, même après avoir obtenu d’elle ce qu’il désirait, il avait insisté pour la revoir.

Comme elle avait refusé, il avait poursuivi son chantage. Si elle venait le retrouver deux fois par semaine chez lui, il augmenterait le salaire de son mari. Et il lui confierait davantage de responsabilités.

Il avait été prêt à tout pour garder sa relation avec Claire. Et elle avait tout accepté, afin que Cyril continue à travailler, et à s’épanouir dans la pharmacie. Bref, la jeune femme avait noué une liaison avec Monsieur Millet, durant près d’un an.

Cette histoire aurait pu se poursuivre presque indéfiniment, si au soir du 25 Novembre 2008, le pharmacien n’avait pas adressé de nouveaux reproches à Claire. Il lui avait annoncé qu’il avait découvert le nouveau manège de Cyril, qui recommençait à dérober de la morphine et d’autres produits stupéfiants. Il avait même ironisé :

-Tu crois peut-être que je vais le laisser continuer à me vider mes stocks, sous prétexte que je suis trop attiré par toi pour te résister ? Mais tu as tort ! Même si tu es belle et si je t’aime de plus en plus, je vais devoir dénoncer ton mari. Je ne veux pas risquer de fermer ma pharmacie à cause de lui et de vos manigances.

Elle avait crié et protesté, évidemment. Elle ignorait tout de ce trafic, et elle n’avait certes pas l’impression de profiter du pharmacien, c’était même lui qui avait exigé qu’elle vienne le revoir deux fois par semaine.

Entre eux, le ton avait monté, jusqu’à ce que Monsieur Millet l’insulte. Et, histoire d’avoir le dernier mot, il lui avait dit qu’il licencierait Cyril dès demain. Juste avant de déposer plainte pour ses trafics.

A son intonation, Claire avait senti qu’il le ferait, qu’elle n’avait plus d’arguments pour le dissuader d’agir. En un instant, elle avait imaginé Cyril interpellé par les policiers, et Monsieur Millet qui clamerait partout qu’elle avait cru le contraindre au silence en nouant une liaison avec lui… Cyril découvrirait qu’elle l’avait trompé, ce qu’il ne lui pardonnerait jamais. Ou bien, il resterait avec elle, mais il n’éprouverait plus d’amour ni de confiance.

Alors, pour empêcher Monsieur Millet de parler, de finir de souiller son mariage avec Cyril, elle s’était emparée du revolver qu’il détenait pour pouvoir se défendre en cas d’agression.

En trois coups de feu, elle l’avait abattu.

Elle avait cru pouvoir s’enfuir et retrouver Cyril, pour continuer à le protéger, mais les enquêteurs avaient très vite découvert qu’elle était la maîtresse du défunt. Ils s’étaient aussi aperçus qu’il manquait plusieurs doses de morphine dans les stocks de la pharmacie, mais ils n’avaient pas pu retrouver le coupable. A moins que ce ne fût Monsieur Millet lui-même ?

La réponse fut révélée au cours du procès, lorsque Cyril Chabrand, le mari de l’accusé, fut appelé à la barre en qualité de témoin. Il était visiblement désemparé par l’incarcération de sa femme, et très vite il passa aux aveux. Oui, il avait détourné de la morphine à plusieurs reprises. Non pas pour soulager une amie malade, comme il l’avait raconté à Claire, mais pour la diluer et la revendre à des toxicomanes. Et quand il avait compris que Monsieur Millet le soupçonnait, il avait fait exprès de montrer ses inquiétudes à son épouse, parce qu’il savait qu’elle n’hésiterait pas à intervenir pour le sauver. Et que Monsieur Millet serait incapable de résister à son charme.

Claire découvrit la duplicité de son mari en même temps que nous autres, les jurés. D’abord stupéfaite, elle finit par murmurer seulement :

-Alors, tu savais… Depuis le début !

Et elle parut se tasser dans le box des accusés, tandis que son mari repartait.

Le parquet réclama huit ans de réclusion criminelle pour Claire.

Le dernier à prendre la parole fut l’avocat de la jeune femme. Il rappela que les parents de Claire s’étaient séparés quand elle avait à peine sept ans. Aucun d’eux n’avait voulu se charger d’elle, de sorte que la jeune fille avait grandi en foyer, jusqu’à ce qu’elle rencontre Cyril et investisse sur lui toute sa passion. J’ignore si ce qu’il racontait était exact, mais cela émut le jury.

Les pressions que Monsieur Millet avait exercées sur elle contribuèrent à le rendre antipathique, même s’il restait la victime de cette affaire.

Bref, à la majorité, les jurés acquittèrent Claire. Je m’en réjouissais pour elle, j’imaginais déjà le bonheur qu’elle aurait à savourer sa liberté dès qu’elle aurait descendu les escaliers du palais de justice.

En même temps, j’étais inquiet de l’avenir qui l’attendait. Un pressentiment absurde m’affirmait qu’elle ne saurait pas profiter de cette seconde chance que la vie lui accordait, et qu’elle allait se jeter dans de nouvelles mésaventures, presque sans s’en rendre compte. Je craignais aussi l’avenir pour ceux qui croiseraient sa route, et qui ne s’en remettraient peut-être jamais.

Lorsque la présidente de la Cour d’assises énonça le verdict que nous venions de rendre, Claire ne laissa transparaître aucune émotion. Comme si elle avait toujours su qu’elle serait acquittée, comme s’il avait été impossible qu’elle se retrouve condamnée.

Elle se releva et, dès que la présidente lui annonça qu’elle était libre, elle se retourna pour saisir son sac et partir.

Il fallut que le greffier vienne lui indiquer qu’elle avait tout de même des formalités à remplir. Des signatures à donner, ainsi que des vêtements et des affaires personnelles à récupérer.

-Pardonnez-moi, murmura Claire dans un souffle d’indifférence.

Je sortis moi aussi du palais de justice. Et je résistai à l’envie de l’attendre, parce que je n’aurais pas su quoi lui dire, malgré la passion qu’elle m’avait inspirée durant ces trois jours.

Peut-être ai-je eu tort.

Je n’ai jamais revu Claire. Le surlendemain, les journaux locaux publiaient sa photo à la une, parce qu’elle s’était suicidée au cours de la nuit, dans l’anonymat de sa chambre d’hôtel.

Sa mort ne m’a pas vraiment étonné, comme si j’avais pressenti qu’une telle femme finirait par se détruire.

Je regrette surtout de n’avoir aucun portrait d’elle. Certes, j’aurais pu découper et archiver les photos parues dans les journaux, mais c’étaient des clichés impersonnels, pris à toute vitesse par des journalistes désireux de donner d’elle l’image d’une criminelle. Aucune de ces photos ne lui ressemblait vraiment. J’ai préféré ne pas les conserver.

Puisque, de toute façon, je sais bien que je pourrai plus jamais oublier Claire.

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