PRISONNIERE A LA COUR DES MIRACLES

Nouvelle de Gérard MOREL parue dans le N° 2674

de l’hebdomadaire NOUS DEUX (29 Septembre 1998)

 

Dès que le soir tombait sur Paris, Charlotte de Pressailly se mettait à guetter l'arrivée de son fiancé, Tristan de Raphélis. Il avait été choisi par le roi Charles VII pour figurer parmi sa garde, ce qui était un honneur, certes... Mais souvent, la jeune fille se surprenait à regretter l'époque où l'homme qu'elle aimait était libre de passer ses après-midis auprès d'elle, à faire des projets concernant le moment où ils seraient enfin mariés!

Désormais, le service royal contraignait Tristan à passer ses journées au Louvre, de sorte que les deux amoureux devaient attendre le début de la soirée, pour se retrouver brièvement, dans l'hôtel particulier de la petite rue des Fermiers, où Charlotte demeurait avec son tuteur.

La jeune fille entendit résonner dans la rue le trot d'un cheval, et elle se précipita aussitôt vers l'une de ses fenêtres. Hélas, le cavalier n'était pas Tristan, mais un inconnu, qui souleva au passage son chapeau pour la saluer. Charlotte ne daigna même pas lui répondre. Car, à travers le vitrail de sa fenêtre, elle avait remarqué qu'un homme s'obstinait à faire le guet, devant l'hôtel de Pressailly...

 

-Encore lui! soupira-t-elle, en le reconnaissant.

L'homme en faction n'était autre que le cousin de Charlotte: François de Sébécourt. Ils avaient tous deux été élevés ensemble, et seraient probablement restés dans les meilleurs termes, si François n'était pas tombé éperdument amoureux de la jeune fille, lorsqu'elle avait eu seize ans.

Pour ne pas le faire inutilement souffrir, Charlotte lui avait rappelé qu'elle était déjà promise à Tristan. Cela n'avait pas empêché François d'aller implorer sa main, auprès de l'oncle de la jeune fille, qui demeurait avec elle à l'hôtel de Pressailly et qui lui servait de tuteur depuis la mort de ses parents. Heureusement, l'oncle Robert lui avait opposé un refus catégorique:

-Mon frère avait vu trop de femmes souffrir d'avoir été mariées sans amour. Il s'était juré que sa fille choisirait librement son époux. Et je me dois d'exécuter sa volonté.

Lisant le désespoir dans le regard de François, l'oncle Robert avait bien tenté de le consoler:

-Bien sûr, ma nièce est ravissante. Mais vous, François, vous êtes valeureux et vous descendez d'une famille illustre. Vous n'aurez aucune peine à trouver une promise agréable!

François ne partageait pas cet avis. Aussi consacrait-il son temps à guetter les abords de l'hôtel de Pressailly. Lorsque Charlotte en sortait, il la fixait d'un air désespéré... Ce qui, d'ailleurs, ne servait qu'à agacer la jeune fille!

Soudain, Charlotte entendit un crissement de roues. Un carrosse tentait maladroitement de s'engager dans la minuscule rue des Fermiers. La jeune fille se pencha à sa fenêtre, pour conseiller au cocher d'emprunter la rue d'Arcy.

L'homme en profita pour lui demander:

-Je cherche la demoiselle de Pressailly. Son fiancé est...

-Où est-il ? interrogea-t-elle fiévreusement.

-Rassurez-vous, il n'est que blessé, affirma le cocher. Je l'ai allongé sur la banquette du carrosse. Descendez vite!

Il fallait que Tristan fut gravement atteint, pour qu'il ne parvienne même pas à lui adresser un signe par la portière. Charlotte prit juste le temps de couvrir ses épaules d'un immense châle rouge, et dévala l'escalier en marbre de son hôtel. Dans la rue, le cocher vint au-devant d'elle.

-Que s'est-il passé ? demanda-t-elle, tout en courant.

Deux inconnus étaient assis à l'intérieur du carrosse, et la regardaient approcher. Elle allait se retourner pour exiger des explications, lorsqu'elle sentit la lame d'un couteau appuyée contre son dos.

-Trop tard, ma jolie. Il ne te reste plus qu'à nous suivre, grimaça le cocher d'un ton menaçant.

-Que me voulez-vous ? Au secours, hurla-t-elle.

Déjà, les deux hommes sortaient du carrosse, où ils la poussaient à prendre place. Charlotte se retrouva brutalement allongée sur la banquette, bâillonnée et ligotée par ses ravisseurs, tandis que le cocher fouettait les chevaux...

La minuscule rue des Fermiers retrouva le silence qui lui était coutumier. Et personne n'aurait plus pu se douter de l'aventure qui venait d'arriver à Charlotte de Pressailly...

La jeune fille essaya bien de distendre les liens qui entravaient ses poignets, mais elle dut se rendre à l'évidence: elle n'avait aucun moyen de se libérer! Et elle ne devait même pas compter sur Tristan, qui ne pourrait que s'étonner de sa disparition! Peut-être même croirait-il qu'elle s'était enfuie de son plein gré...

...Non! Charlotte repoussa elle-même cette crainte: elle avait trop souvent manifesté son amour pour lui, devant lui, pour qu'il puisse jamais en douter! En revanche, cela lui rappela l'existence de François de Sébécourt, son soupirant désespéré... Qu'elle associa aussitôt à cet enlèvement! S'il surveillait les abords de l'hôtel de Pressailly avec une telle régularité, ce n'était peut-être pas dans le seul espoir de la revoir, comme elle l'avait cru, mais pour connaître ses habitudes, et préméditer son enlèvement!

Rageusement, Charlotte essaya une nouvelle fois de dénouer ses liens: elle avait longtemps conservé de la tendresse pour François, qu'elle croyait loyal et généreux. Elle le plaignait même d'être amoureux d'elle sans espoir. Mais, s'il avait réellement décidé de s'emparer d'elle par la force, elle savait qu'elle le haïrait à jamais:

-Il ne me séquestrera pas toujours, songea-t-elle pour se rassurer. Un jour ou l'autre, le geôlier aura un moment d'inattention, et j'en profiterai pour m'enfuir. Je saurai alors me venger et lui montrer que je suis une femme: pas un simple objet que l'on peut impunément s'approprier!

Convaincue d'avoir été enlevée par François, elle s'attendait à être transportée jusqu'au château normand des Sébécourt. Aussi fut-elle stupéfaite quand le carrosse s'arrêta après seulement quelques minutes de trajet.

-Nous n'avons pas pu quitter déjà Paris, calcula-t-elle.

Ses ravisseurs la rejoignirent, pour la détacher et lui enlever son bâillon, tout en lui ordonnant de les suivre.

Elle s'étonna bien un peu de leur naïveté, mais... Sitôt descendue à terre, elle se mit à hurler au secours.

Un passant s'arrêta pour la dévisager. Puis, très calmement, il poursuivit son chemin. Tandis que le cocher, nullement inquiet, éclatait de rire:

-Tu peux crier, ma jolie! Personne ne te viendra en aide! Ici, on ne se mêle pas des affaires de son voisin! On a le sens de la discrétion!

-Chez quels barbares sommes-nous donc, gronda Charlotte.

Il eut un sourire cruel, pour lui annoncer:

-A la Cour des Miracles!

Cette fois, malgré sa vigueur naturelle, elle faillit s'évanouir! Ces trois mots suffisaient à anéantir tous ses espoirs d'évasion. Car, en somme, elle aurait peut-être pu s'échapper du château de Sébécourt. Alors que personne n'était jamais ressorti de la Cour des Miracles...

En ce milieu du quinzième siècle, ce royaume mal famé servait encore officiellement de repaire à tous les truands de Paris. C'étaient les mendiants qui lui avaient donné ce nom étrange: car, pour inspirer la pitié et recueillir davantage d'aumônes, la plupart d'entre eux faisaient croire qu'ils étaient infirmes, en s'affublant de cannes, de béquilles ou de bandages. Mais le soir, après avoir regagné leur repaire, ils se débarrassaient de leurs prothèses avec dextérité. En quelques minutes, les prétendus aveugles recommençaient à voir, tandis que les faux unijambistes enlevaient leurs moignons factices. Ces "miracles" quotidiens avaient valu à ce quartier de mendiants le surnom de "Cour des Miracles". Comme leurs rues étaient les seules à ne pas être protégées par les agents du guet, après la tombée de la nuit, la plupart des truands étaient venus y élire domicile.

-Qu'allez-vous faire de moi ? interrogea Charlotte.

-N'aie pas peur, on ne nous a pas encore demandé de te tuer. Juste, de te tenir éloignée. Tu logeras chez Brise-Destin.

Découragée, Charlotte suivit ses ravisseurs, vers une porte basse, au bois vermoulu.

Avant de l'ouvrir, les trois hommes esquissèrent un signe de croix. Signe de piété qui surprit la jeune fille, mais qu'elle comprit mieux en pénétrant dans l'antre de Brise-Destin: à travers la pénombre de la pièce, on pouvait voir sur les murs des portraits de Lucifer en train de lutter victorieusement contre des anges.

-Voici la fille qu'il te faut garder, s'écria l'un des hommes, au moment où apparut une superbe femme, au teint pâle et aux grands yeux noirs. Veux-tu qu'on l'enchaîne ?

Sans daigner répondre, elle dévisagea sa nouvelle captive:

-C'est donc toi, Charlotte de Pressailly ? Vous pouvez nous laisser, ordonna-t-elle aux hommes sans les regarder.

Avant d'ajouter à l'intention de la jeune fille:

-C'est plus fort que moi, je déteste ces gars-là! Ils ne sont bons à rien, et ils se laissent acheter pour accomplir n'importe quel crime!

-Dans ce cas, relâchez-moi, supplia Charlotte. Mon tuteur et mon fiancé sauront vous prouver leur reconnaissance...

-Allons donc! Dès que tu serais hors de danger, tu m'oublierais. Et il ne me resterait plus qu'à subir le châtiment de ceux qui ont failli à leur mission. Car les lois de la Cour des Miracles sont cruelles, autant que les vôtres.

-Alors, pourquoi restez-vous ici ? demanda Charlotte.

Brise-Destin haussa tristement les épaules:

-Je n'ai peut-être pas le choix. J'ai grandi dans la mendicité. Et, quand j'ai eu seize ans, j'ai compris que la charité des hommes ne serait plus gratuite. Il ne me restait qu'à les séduire, ou bien leur faire peur en m'improvisant sorcière. J'ai préféré la seconde solution. Depuis, on m'appelle Brise-Destin, et on me paie pour que je lise l'avenir ou que je vende des philtres d'amour.

Charlotte sourit à cette fille qui se confiait de façon si spontanée. Et elle la remercia de ne pas l'avoir fait attacher par ses ravisseurs. Mais, avec la simplicité qui la caractérisait, Brise-Destin lui ôta toute illusion:

-Je n'ai aucune raison de t'humilier. De toute façon, si tu essayais de t'enfuir, je n'aurais qu'à appeler à l'aide, pour que toute la Cour des Miracles se lance à ta poursuite. Et ils te rattraperaient vite, nos prétendus infirmes!!! D'ailleurs, ravissante comme tu l'es, tu ne pourrais pas aller bien loin. A peine aurais-tu traversé la place des Mauvestis, qu'il se trouverait un homme pour te capturer... Et alors, crois-moi, tu regretterais vite ma maison!

Charlotte frissonna.

Au fil des jours, elle fit l'effort de s'habituer à sa nouvelle existence, aidée en cela par la gentillesse bougonne de Brise-Destin.

Bien sûr, Charlotte vivait dans l'angoisse. Elle imaginait les inquiétudes de Tristan et de son tuteur, qui ne devaient rien comprendre à sa disparition et qui la croyaient probablement morte. Chaque soir, la vigoureuse présence de Tristan lui manquait davantage. Elle ne pouvait même plus murmurer son nom sans avoir les larmes aux yeux...

Mais surtout, Charlotte redoutait le moment où François de Sébécourt se manifesterait. Après dix jours de séquestration, il n'était pas encore venu la voir. Néanmoins, elle était persuadée qu'il avait conçu cette machination pour pouvoir s'imposer à elle en toute impunité, au besoin en employant la force. A cette idée, tout son corps se révoltait!

Un soir, enhardie par la sympathie qu'elle éprouvait pour Brise-Destin, elle se risqua à demander son aide:

-Toi qui influences la destinée de tes clients en leur vendant des herbes, propres à transmettre l'amour ou la mort, ne pourrais-tu confectionner un breuvage qui m'épargnerait le désir de François ? Cet homme me fait horreur, désormais!

La belle sorcière lui répondit mystérieusement:

-Hélas, mes pouvoirs n'agissent que sur ceux qui y croient. En revanche, je me demande pourquoi tu es tellement convaincue que c'est lui qui t'a fait enlever...

Malgré l'heure tardive, la porte d'entrée se mit à grincer, interrompant la conversation des deux femmes. Un homme entra.

-Jehan, s'écria Brise-Destin, en se jetant dans ses bras.

Il la repoussa, comme s'il refusait de se laisser attendrir:

-Cela suffit, bougonna-t-il. Puis-je m'installer ici ?

-Bien sûr, répondit-elle, avant de confier à Charlotte:

-Tu as devant toi le fameux Jehan de Morte-Fortune. Ainsi nommé parce qu'il n'hésite pas à s'attaquer aux plus riches seigneurs. Et qu'en plus, il en vient à bout. C'est aussi l'homme que j'aime...

Cela, Charlotte l'avait déjà compris, aux regards qu'échangeaient les jeunes gens.

-Que t'arrive-t-il ? demanda Brise-Destin. C'est si rare, que tu viennes te cacher ici.

Morte-Fortune voulut rassurer sa maîtresse: non, il n'était pas pourchassé par les officiers du roi. S'il désirait passer quelques jours à la Cour des Miracles, c'était parce que Trompe-Gibet, son chef, l'avait fait convoquer pour participer à une opération exceptionnelle...

Charlotte apprit ce jour-là que le monde des gueux possédait une organisation au moins aussi hiérarchisée que la société royale. Il se divisait en seize royaumes, tous soumis aux ordres et aux caprices d'un monarque. Or, justement, Trompe-Gibet, qui régnait sur le royaume d'Argot, avait besoin du soutien de tous ses lieutenants et complices, pour préparer un coup particulièrement prometteur.

-Sa Majesté d'Argot s'apprête à dévaliser et piller la demeure d'un riche aristocrate. C'est un délit d'une audace exceptionnelle, mais il paraît que Trompe-Gibet détient tous les éléments nécessaires à la réussite de l'entreprise. L'idée de faire main basse sur un trésor, même partagé, me tente assez, sourit Jehan. Je n'aurai bientôt plus l'âge de courir les routes ni de me battre. Peut-être devrai-je alors me retirer près de toi, pour connaître une vieillesse de bourgeois.

Brise-Destin avait peine à croire que l'intrépide Jehan se rangerait un jour, mais dans le doute, elle essuya une larme.

Ce soir-là, les deux amants emmenèrent Charlotte avec eux sur la place des Mauvestis, où avait lieu le festin traditionnel. La jeune aristocrate vit bientôt arriver les mendiants et les truands qui, selon l'usage, mettaient en commun l'or et les victuailles qu'ils avaient dérobés dans la journée.

-Tout doit être mangé ou dépensé avant l'aube, lui précisa Jehan. Afin de maintenir l'égalité entre nous tous. Sinon, certains finiraient par s'enrichir, et les rivalités ou les jalousies nous dresseraient les uns contre les autres. Tout comme elles déchirent votre monde.

Brise-Destin ajouta que, seules, les femmes avaient le droit de garder pour elles leur argent:

-Parce que le roi d'Argot, dans sa sagesse, sait qu'il nous faut économiser, en prévision du jour où nous serons vieilles et où plus aucun homme ne nous soutiendra.

Emu malgré lui, Jehan lui prit la main, pour la rassurer.

Dès que la nuit fut noire, les truands allumèrent un feu au centre de la place. Trois femmes apportèrent des chaudrons, dans lesquels on mit à cuire les soupes et les viandes.

Soudain, le silence se fit.

-Voici le roi d'Argot, salua Brise-Destin.

Charlotte l'observait: l'homme était grand, et aurait pu paraître majestueux, sans les balafres qui le défiguraient. Il ne se déplaçait qu'entouré de son escorte, composée de six hommes armés et menaçants. Leur groupe vint s'asseoir au centre de la place des Mauvestis, afin d'écouter les récits des gueux et arbitrer éventuellement leurs querelles.

Deux mendiants vinrent se plaindre. Pour toute réponse, Sa Majesté Trompe-Gibet les autorisa à régler leur différend dans un duel au couteau...

Horrifiée, Charlotte baissa les yeux, pour ne pas voir le combat. Mais elle ne put s'empêcher d'entendre le hurlement d'agonie que poussa le vaincu...

Indifférente, la foule des mendiants acclamait le vainqueur.

Trompe-Gibet prit alors la parole, pour expliquer à son peuple qu'il avait reçu une requête, à propos de la jeune prisonnière qui avait été confiée à Brise-Destin:

-Un homme l'a entrevue et désire la prendre pour épouse. J'attends donc que cette fille vienne à mes côtés.

-Nooon! s'écria Charlotte. Jamais!

Mais déjà, Jehan la poussait en avant, en bougonnant:

-Veux-tu donc mourir ? Ici, on obéit tous au roi d'Argot!

Terrorisée, elle dut traverser la foule des mendiants, avant d'arriver devant Trompe-Gibet, qui l'observait en souriant:

-Tu es belle, admit-il. Je te garderais volontiers pour moi, si je ne t'avais promise à celui qui te convoite tellement! Mais il ne sera jamais dit que le roi d'Argot aura menti!

Un clochard borgne protesta:

-A qui est-elle donc destinée ? Je réclame le droit de me battre pour elle, car elle en vaut la peine.

Charlotte allait lui répondre par un hurlement d'épouvante, mais le roi d'Argot énonça sur un ton sans réplique:

-Aucun d'entre vous ne se battra pour gagner la fille, car celui qui la désire a déjà payé le droit de la posséder.

-Combien a-t-il donné ? demanda la foule.

Trompe-Gibet sourit, fier de la soumission de son peuple.

-Il a réussi à se procurer les clefs et les plans d'une riche demeure. Il aurait pu tenter le coup tout seul, or il nous invite à participer avec lui au pillage. Convenez qu'une telle aubaine vaut bien une fille, non ?!

Il y eut bien quelques truands pour maugréer que Charlotte était belle et... Mais ils n'osèrent pas résister aux ordres de leur roi!

Alors, parmi la foule, se redressa ...François de Sébécourt!

Pour apaiser les truands, il sourit en leur promettant:

-Calmez-vous, bonnes gens! Vous ne perdrez pas au change, puisque je vous offre les trésors de l'hôtel des Raphélis!

La demeure de Tristan... Epouvantée, Charlotte hurla:

-NOOoon!

-Taisez-vous, protesta-t-il aussitôt à son oreille. Vous allez tout faire échouer. Votre fiancé attend tout près d'ici, et il vous rejoindra dès que les premières lueurs du jour viendront dissoudre l'assemblée de la Cour des Miracles! S'il m'a demandé de m'adresser au roi d'Argot, c'est seulement parce qu'il est trop connu des truands, en sa qualité de garde du roi. L'un des gueux aurait pu le reconnaître et se méfier.

-Mais... Ce n'est donc pas vous qui m'avez fait enlever ? s'exclama Charlotte.

-Evidemment que non, gronda-t-il, furieux. Comment osiez-vous me suspecter, moi qui ne désirais que votre bonheur...! Si je passais du temps près de votre hôtel, c'était dans le seul espoir de vous revoir, et peut-être de vous faire d'avis en vous prouvant ma fidélité. Le soir où vous êtes partie dans ce carrosse, j'ai deviné que quelque chose d'étrange se tramait. D'autant que j'avais déjà aperçu vos ravisseurs en grande discussion avec votre oncle. Bref, lorsque votre fiancé est arrivé, je lui ai tout raconté. Il n'a pas été difficile de comprendre que votre oncle voulait retarder votre mariage, pour ne pas avoir à vous restituer la fortune de vos parents, qu'il administrait en sa qualité de tuteur.

-Lui ??? bredouilla Charlotte, stupéfaite.

-Vous auriez donc préféré que je sois coupable, constata amèrement François de Sébécourt. Je comprends... Je comprends surtout qu'aucun amour ne sera jamais possible entre nous. Suivez-moi, Charlotte! Il vous attend.

Elle prit le temps d'adresser un signe d'adieu affectueux à Brise-Destin et Jehan de Morte-Fortune. Puis, escortée de Philippe, elle courut rejoindre l'homme qu'elle aimait...

-Comment avez-vous pu convaincre le roi d'Argot de me rendre la liberté, lui demanda-t-elle, après l'avoir embrassé.

Tristan eut un geste amusé:

-Sur mon ordre, votre cousin Philippe lui a permis de concevoir un somptueux pillage, en lui confiant les clefs de ...ma propre demeure! Je serai bientôt dépossédé de tous mes souvenirs de famille, mais peu importe, puisque grâce à ce sacrifice, je vous retrouve. Et je devine que vous m'offrirez l'hospitalité chez vous, où vous êtes seule désormais. Votre oncle a été incarcéré ce matin, sur l'ordre du roi. Je parle du roi de France, évidemment!!! sourit-il en attirant contre lui sa future épouse.