LES AMANTS DE COURVILLE

Nouvelle de Gérard MOREL parue dans le N° 2583

de l’hebdomadaire NOUS DEUX (31 Décembre 1996)

 

En ces temps-là, dans la plaine de Courville, nous ne recevions pas beaucoup de courrier. Moi qui avais une vingtaine d’années en 1880, je crois bien me souvenir que la première lettre que j’ai reçue, elle arrivait du Ministère de la Guerre. Et c’était pour me rappeler que j’avais été tiré au sort afin d’aller faire mon service militaire, parmi les chasseurs alpins. Plus tard, à la mort de mon oncle Henri, mes cousins ont reçu, eux aussi, une lettre de l’Administration, pour leur demander de verser au percepteur le montant des frais de succession.

Quand l’Administration ou la famille lointaine prennent la plume et se décident à vous écrire, c’est rarement pour vous proposer leur soutien. Presque toujours, ils vous rappellent ce que vous leur devez. Nous autres, nous l’avions constaté depuis longtemps, à Courville. Et vous pouvez bien vous douter que nous n’aimions guère voir Félicien, notre vieux facteur, arrêter son vélocipède devant nos portails.

Le pauvre homme avait en charge tous les cantons de la région, depuis Damville jusqu’à Breteuil en Ouche. Le plus souvent, il n’avait que quatre ou cinq lettres à porter dans deux ou trois hameaux. Lorsque l’Etat, qui manquait d’argent à cette époque, institua un nouvel impôt à payer par tous ceux qui possédaient un piano, Félicien dut distribuer à tous les détenteurs de piano l’imprimé établi par l’administration fiscale. Il ne termina pas sa tournée avant la tombée de la nuit, à Sébécourt, après s’être arrêté dans chacun des hameaux de sa circonscription. Aux dires des gens de là-bas, Félicien paraissait épuisé en arrivant chez eux ce soir-là. Il admit alors qu’il était temps de prendre sa retraite.

 

Il fut remplacé dès le mois suivant par celui qu’on appelait dans la région Jean le Cadet: en réalité, il se nommait Jean Coppercage, mais il devait son surnom à un principe de son père qui refusait de voir s’émietter son domaine et qui donc avait légué tous ses bien à son fils aîné. Du coup, Jean le Cadet se trouvait obligé de travailler pour vivre. Il participait aux semailles et aux moissons et, désormais, il se trouvait bienheureux d’avoir été engagé comme facteur.

Toutes les filles de chez nous se souviennent encore de lui, tant il était beau garçon. Grand, le front illuminé de soleil, vigoureux comme s’il avait toujours su qu’il devrait gagner sa nourriture par lui-même... S’il n’avait pas été déshérité par son père, je crois que presque toutes les adolescentes, de Breteuil jusqu’à Courville, auraient rêvé de se faire épouser par lui. Mais il était pauvre, et les pères de familles évitaient de le recevoir chez eux.

Une seule demoiselle osa montrer qu’elle l’aimait, et tout Courville s’en souvient encore. C’était Adeline de Pressagny. Adeline était la fille unique du baron de Pressagny, qui possédait tous les moulins à eau, entre Courville et Breteuil. Dès qu’elle eut seize ans, les gars du village remarquèrent qu’elle avait les yeux verts et qu’elle devenait de plus en plus jolie. Certains se hasardèrent à lui faire quelques avances, qu’elle repoussa en souriant. Sans coquetterie ni orgueil, mais seulement parce qu’elle sentait qu’aucun d’entre eux n’était celui qu’elle attendait.

Entre nous, nous en discutions parfois. A la terrasse du Café d’Alsace-Lorraine, nous nous demandions avec une indifférence mal simulée lequel elle choisirait. Puisqu’elle ne voulait pas de nous, nous souhaitions peut-être qu’elle épouse Paul de Woolkaert, un richissime aristocrate belge qui s’était établi près de Courville. Du moins n’aurions-nous pas été sacrifiés pour rien... Vous pouvez donc imaginer à quel point nous avons été déçus lorsqu’elle s’est éprise de Jean le Cadet, lui qui était encore plus pauvre que nous. La Mère Frileuse, dont le fils avait été désespérément amoureux d’Adeline, trouvait cette passion inacceptable. Chaque vendredi, sur la place du Marché, où elle vendait des oeufs et des poulets de grain, elle incitait les gars du village à la révolte en nous rappelant qu’Adeline nous avait repoussés:

-Cette fille n’est qu’une gamine effrontée et prétentieuse, souvenez-vous qu’elle vous méprisait. Elle se moquait de vos sentiments et maintenant, voici que pour vous humilier encore davantage, elle s’exhibe avec le facteur...

En réalité, Adeline ne nous avait jamais témoigné le moindre mépris, et si elle se montrait aujourd’hui au bras de Jean le Cadet, c’était seulement parce que leur amour était trop vif, trop beau pour qu’ils parvinssent à le dissimuler. Mais parmi ses amoureux dépités, il s’en trouva bien quelques uns pour croire aux médisances de la Mère Frileuse. Ils pensaient même à se venger d’elle, notamment en allant répéter à son père, le baron de Pressagny, qu’Adeline ne tarderait pas à devenir la honte de sa dynastie... Nous savions tous que le vieux baron était intraitable sur le chapitre de l’honneur et que toute l’affection qu’il portait à sa fille ne la sauverait pas d’une sévère punition s’il apprenait qu’elle fréquentait un simple employé des postes.

-C’est même un service à leur rendre, prétendaient les plus hypocrites. Le baron ne mérite pas ça. Quant à Adeline, elle nous en remerciera plus tard, lorsque, grâce à notre intervention, elle aura épousé un homme digne d’elle!

Seuls, Adeline et Jean le Cadet ignoraient tout des rumeurs et des colères que suscitait leur tendre passion. Ils se retrouvaient deux fois par semaine, près du Moulin de Malencontre, là où l’on prétend que le diable s’est jeté dans la rivière pour échapper à l’eau bénite de Sainte Maryvonne.

Personne depuis des lustres ne s’aventurait jamais dans ce champ à partir du crépuscule, et les deux amoureux se croyaient à l’abri des regards.

Pauvres naîfs, qui ignoraient encore les forces que l’on déploie pour assouvir la curiosité! La Mère Frileuse, qui ne serait pas allée à Malencontre pour tout l’or du diable, trouva le courage de s’y rendre, juste pour épier de loin Adeline et Jean le Cadet. Tout Courville connut bientôt le secret des jeunes gens. On en souriait, ou bien on s’en moquait... En fait, plusieurs d’entre nous commençaient à redouter la vengeance que devait méditer la Mère Frileuse. Et nous avions raison. Voyant qu’aucun des anciens amoureux d’Adeline ne se risquait à faire d’esclandre, de peur de devoir affronter les poings de Jean le Cadet, la vieille fermière se résolut à intervenir elle-même. Elle écrivit au baron de Pressagny une lettre anonyme pour lui révéler l’endroit où se trouvait sa fille unique, les mardis et vendredis soirs...

La réaction du baron fut aussi rapide que brutale. Furieux de découvrir qu’il avait été abusé, et que tout Courville riait de lui, il tint à manifester sa colère en s’embusquant à Malencontre deux jours plus tard, armé d’un fouet à chien...

Ce soir-là, tout le village entendit les hurlements douloureux d’Adeline. Et sincèrement, on ne pouvait que la plaindre. Même si elle avait eu la folie d’oser aimer un facteur, cela ne méritait pas une telle punition. Durant plusieurs semaines, elle ne sortit plus du manoir. On savait par le médecin et la marchande d’herbes qu’elle portait encore les traces du fouet de son père.

Quant à Jean le Cadet, le baron lui promit une décharge de chevrotine s’il osait se montrer à Courville, pour autre chose que pour exercer son métier de facteur.

On pensait bien ne pas le revoir de sitôt, pas avant le prochain enrôlement militaire ou la création d’une nouvelle taxe. A ce propos, d’ailleurs, à Paris, ils commençaient à envisager un impôt sur le revenu, pour diminuer les dettes de l’Etat. Mais Jean le Cadet revint à Courville bien avant la naissance de cet impôt. Huit jours plus tard, on entendait grincer les freins de son vélocipède. Il portait une caractéristique enveloppe mauve...

La lettre était adressée au cabaretier Anthime. C’était un billet anonyme, qui lui rappelait comment il avait fait interner son oncle pour s’approprier le Café d’Alsace-Lorraine. Bien entendu, on soupçonna aussitôt la Mère Frileuse, puisqu’elle avait inauguré ce procédé récemment. Le Père Anthime alla sous ses fenêtres pour la traiter de sorcière. Et elle eut beau répliquer qu’elle était innocente, personne ne la crut. On se demandait seulement pourquoi elle s’en prenait au cabaretier...

 peine une semaine plus tard, Jean le Cadet fut de retour à Courville. Ce matin-là, en le voyant pédaler sur son vélocipède à travers nos rues, nous commencions déjà à redouter qu’il ne s’arrête devant notre porte. Mais c’est à Gisèle, la propriétaire du Moulin à tabac, qu’il délivra une autre enveloppe mauve. La couleur et le format en étaient suffisamment caractéristiques pour qu’on comprenne qu’il s’agissait encore d’un billet anonyme. A tour de rôle, les voisins se rendirent chez la Gisèle, pour la consoler. Ou pour apprendre ce dont on l’accusait. Et elle, qui redoutait d’alimenter les rumeurs de Courville, comprit qu’elle n’avait pas d’autre issue que de leur laisser lire ce billet.

En quelques lignes, on rappelait qu’elle s’était montrée parfois un peu trop sensible au charme de ses anciens jardiniers...

C’était là une accusation vraiment stupéfiante. Car ce genre de frasques, à Courville, ne demeure jamais longtemps secret. Il se trouve toujours un observateur subtil ou  un voisin jaloux pour déceler un regard langoureux, une pression des doigts un peu trop appuyée entre deux êtres que rien n’est censé lier. Or, personne n’avait jamais rien suspecté entre la Gisèle et ses ouvriers. On s’interrogea un peu, on essaya de se remémorer quelques indices, mais il fallut se rendre à l’évidence: seul l’auteur de la lettre anonyme avait eu connaissance de ce  « secret de jardin ».

Désormais, de nouvelles lettres ponctuaient chaque semaine l’existence de notre village. La mercière se vit reprocher de se tromper un peu trop souvent à son profit lorsqu’elle rendait la monnaie. Un autre billet mauve prétendit que la veuve du docteur Arnaud n’avait pas respecté les délais de convenance avant de fréquenter celui qui était devenu son second mari... Et, au Café d’Alsace-Lorraine, entre deux bolées de cidre, les gens de Courville en profitèrent pour ajouter que le fils présumé du docteur Arnaud ressemblait peut-être un peu trop au second mari de sa mère: ce ne pouvait pas être une simple coïncidence, n’est-ce pas ?

De semaine en semaine, on apprenait l’existence de scandales que nul n’avait jamais soupçonnés. Des histoires de vaches empoisonnées, d’incendies de récoltes, de servantes injustement renvoyées ou d’enfants cachés... On découvrait des doubles vies, des secrets de familles et des aventures scabreuses. Notez bien que, même si on en riait avec force devant le comptoir du père Anthime, au fond de soi, nous n’étions tous qu’à demi rassurés. Car en somme, rien ne nous prouvait que la prochaine enveloppe mauve ne nous serait pas destinée... Et dans ce cas, il faudrait la laisser lire aux voisins, pour bien montrer qu’on n’y attachait aucune importance. Ou encore refuser de révéler son contenu, mais en sachant que tout le village en tirerait des conclusions honteuses... Durant les trois mois que dura ce manège, aucun des destinataires des lettres anonymes n’osa refuser de les faire lire aux autres. De crainte de devenir l’unique sujet de conversation et de railleries du Café d’Alsace-Lorraine.

Désormais, les gens vivaient dans l’angoisse de voir s’arrêter Jean le Cadet devant leur porte. Par une sorte de superstition effrayée, on lui témoignait maintenant un respect exagéré, comme si cela avait pu suffire à l’empêcher de venir déposer devant chez nous l’une de ces damnées enveloppes mauves. Le plus souvent, avant de quitter Courville pour s’en retourner vers Sylvains-les-Moulins ou Conches-en-Ouche, Jean le Cadet prenait le chemin du manoir de Pressagny. On savait bien que ce n’était pas là le plus court chemin et l’on se doutait qu’il devait en profiter pour revoir Adeline... Mais désormais, plus personne à Courville n’aurait osé esquisser envers lui le moindre reproche. De crainte que cela nous porte malheur.

D’ailleurs, à Courville, on finissait par s’attendrir sur Adeline et Jean, on les trouvait pathétiques, avec cette obstination discrète qu’ils mettaient à s’aimer, malgré tout. Adeline persistait à refuser tous les sous Prêfets que son père lui présentait. Quant à Jean le Cadet, il ne regardait même pas les serveuses de chez Rosa la Rouge...

Au fond, leur amour paraissait si sincère, si durable, que les gens de Courville se surprenaient à éprouver du respect pour eux. On s’attendait à ce que Mademoiselle Adeline demeure vieille fille: avant deux ou trois ans, elle dirigerait la chorale de la paroisse, et personne ne se souviendrait plus qu’elle avait eu les yeux verts. Plus tard peut-être, après la mort de son père, elle se risquerait à héberger au château Jean le Cadet, un soir par semaine...

Tout aurait pu continuer ainsi. Peut-être même se serait-on accoutumé à la régularité de ces damnées lettres anonymes. S’il n’y avait pas eu ce fameux soir de la Saint-Amour.

A Courville, la Saint-Amour, c’est notre fête paroissiale. Ce jour-là, les jeunes gens défilent dans les rues sur des chevaux harnachés de toutes les couleurs, un bal est ensuite donné sur la grand-place du Marché. En fin d’après-midi, certains n’ont plus les idées bien claires, le calvados et le cidre n’y sont pas étrangers.

Bref, ce soir-là, la Mère Frileuse avait bu, elle aussi, plus que de raison, et c’est ce qui la poussa à rappeler sa haine de Mademoiselle Adeline.

-Cette fille-là a désespéré mon fils, l’an dernier. Elle fait moins la farouche devant le facteur! Heureusement que j’ai prévenu son père. Sinon, personne ici n’en aurait eu le courage!

Nous autres, nous l’écoutions sans répondre, nous trouvions qu’elle exagérait. Après tout, Adeline et Jean le Cadet n’étaient pas si coupables...

-Qu’en savez-vous ? s’écria alors la Mère Frileuse, furieuse de se sentir désapprouvée. Après tout, c’est peut-être bien elle qui inonde Courville de ces lettres anonymes.

Plusieurs voix s’élevèrent alors pour rappeler qu’Adeline n’avait jamais fait de tort à quiconque dans le village.

-Humm... insista la Mère Frileuse. Elle écrit peut-être ces insanités pour revoir son facteur. En somme, avec ces lettres, elle lui fournit un prétexte pour venir à Courville chaque semaine. Sans même qu’on y fasse attention, tellement on est obsédés par le texte du courrier.

A cet instant, la Mère Frileuse sentit qu’elle avait repris l’avantage. Tous la regardaient, surpris par la logique de son raisonnement.

On n’avait encore jamais vu les événements sous cet angle.

-En somme, elle oserait perturber tout un village, rien que pour revoir son greluchon ?! grondait le père Anthime.

-Ces filles-là sont prêtes à tout, énonça la Mère Frileuse.

-On pourrait lui demander ? suggéra un joueur de cartes.

Le cidre et le calvados avaient commencé de stimuler la colère des hommes. Ils ne tardèrent pas à se lever pour se rendre au manoir, afin d’interroger Adeline.

Seul, Henri le fontainier m’aida à les retenir. En leur répétant que, si leurs soupçons persistaient, ils pourraient aborder le sujet avec Adeline un ou deux jours plus tard. Ils seraient à jeun, mieux à même d’écouter ses explications et de juger de sa sincérité. Voire! Ni le fontainier ni moi ne pouvions suffire à calmer leur excitation. Un quart d’heure plus tard, le Père Anthime fermait le Café d’Alsace-Lorraine et partait avec ses clients vers le manoir de Pressagny...

A ce moment, pour sauver Adeline, il ne me restait plus qu’à passer aux aveux. J’ai oublié qu’ils étaient saoûls et peut-être dangereux, je les ai suivis sur le bord de la route et là, je leur ai crié à tous que c’était moi l’auteur des lettres anonymes.

-Pardonnez-moi, j’ai agi ainsi pour permettre à Jean le Cadet de revenir dans notre village et de revoir Adeline, sans qu’on s’étonne de sa présence. Et puis, peut-être étais-je assez content de vous montrer qu’il est bien facile de faire courir des rumeurs, même et surtout lorsqu’elles sont fausses... Encore ai-je eu la délicatesse de toujours citer des faux bruits. Car j’aurais pu mêler à ces scandales imaginaires quelques vérités, histoire de troubler vos esprits à tous...

-Pourquoi ? répétait méchamment le tonnelier, en tendant vers moi son burin.

Il ne comprenait pas que j’avais aimé Adeline, moi aussi. J’aurais pu, comme eux, être jaloux de son facteur ou m’illusionner sur mon prestige d’instituteur. Mais j’avais vite compris qu’elle n’aimerait jamais que Jean le Cadet. Et comme je voulais participer à son bonheur, dans la mesure de mes moyens... Je ne pouvais pas l’aider à se marier mais, en tant qu’instituteur, j’écrivais assez bien pour rédiger des lettres qui obligeraient le facteur à repasser toutes les semaines par Courville...

-Et maintenant, que va-t-on faire ? insista le Père Anthime.

Alors, oubliant toute peur, je persistai à les braver:

-Maintenant, vous allez laisser Adeline et Jean le Cadet vivre leur amour à leur guise. Le baron donnera son consentement au mariage, s’il se sent qu’il n’est pas ridicule aux yeux des commères de ce village. Moi, je demanderai ma mutation vers un autre hameau et... vous ne recevrez plus jamais de lettres anonymes à Courville!

C’est exactement ce qui s’est passé.

Sans doute les gens de Courville avaient-ils suffisamment de remords envers Adeline et Jean, car ils retinrent leur colère pour se rendre à mes arguments.

Je n’ai jamais revu Adeline de Pressagny. Mais elle m’a adressé après mon départ un billet pour me remercier de mon intervention, qu’elle était bien la seule à savoir mensongère.

Depuis, à chaque premier janvier, elle et Jean le Cadet m’envoient leurs formules de meilleurs voeux, tout en me décrivant leurs enfants. Je reconnais leur lettre avant même de l’ouvrir, car cette chère dame, toujours aussi téméraire qu’obstinée, persiste encore à utiliser des enveloppes mauves. Comme autrefois...