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LA COUSINE MAGALI

Nouvelle de Gérard MOREL parue dans le N° 2905

de l’hebdomadaire NOUS DEUX (4 Mars 2003)

 

Je venais à peine de me marier, lorsque j’ai remarqué que l’attitude de mes amies (surtout les meilleures) avait changé à mon égard. Bien sûr, nous continuions à passer ensemble des heures au téléphone, mais dès que je me plaignais d’un détail plus ou moins désagréable à mon avis, elles se mettaient à protester, toutes sur le même ton :

-Mais enfin, comment oses-tu te plaindre ? Tu as tout pour être heureuse !

Moi, j’en étais agacée car, même sans être très malheureuse, on éprouve un certain plaisir à se sentir consolé par son entourage. Ce qui n’arrivait plus, depuis que j’avais épousé l’homme de ma vie.

Encore maintenant, douze ans après mon mariage, mes amies demeurent fidèles à cette même phrase, qui m’exaspère toutefois de plus en plus, au point de me donner envie de raccrocher très vite. Même si j’admets qu’en effet, j’ai tout pour être heureuse..

Eh oui, j’ai en toutes circonstances une santé florissante. Je suis passionnée par ma profession de décoratrice, qui me permet de mieux connaître les gens, pour leur aménager un domicile qui leur ressemble. Plusieurs de mes clients sont d’ailleurs devenus de véritables amis. Et surtout, évidemment, j’ai eu le privilège d’épouser un homme aussi beau qu’intelligent. A trente-huit ans, mon mari est encore aussi séduisant que dynamique et jeune d’esprit. Chaque soir, lorsqu’il rentre chez nous et qu’il m’embrasse, avec une étincelle dans son regard moitié amoureux moitié conquérant, je me sens fondre d’amour et de désir pour lui... Si vous me connaissiez, vous aussi, vous vous exclameriez que j’ai tout pour être heureuse, n’est-ce pas ?

Pourtant, aujourd’hui, je commence à trouver que cette petite phrase-là n’était finalement pas si pénible à entendre, …peut-être parce que, depuis ce matin, pour la première fois, je suis vraiment malheureuse. Désespérée. En pleine détresse. Avec la gorge nouée par des sanglots qui ne peuvent pas sortir, et les yeux brûlants de larmes refoulées.

Hier soir, mon mari et moi, nous étions invités à fêter les quatre-vingt dix ans de l’Oncle Ernest. A cette occasion, toute la famille s’était retrouvée pour un buffet pique-nique sur l’immense terrasse de Tante Olga. La fête se déroulait joyeusement, l’Oncle Ernest déballait ses cadeaux en nous répétant que « nous n’aurions pas dû… », nous étions tous admiratifs devant sa santé encore pétillante et ma cousine Magali (celle qui en fait toujours trop) lui répétait qu’il restait le plus jeune d’entre nous… Bref, il s’agissait d’une traditionnelle fête de famille, et aucun signe avant-coureur ne me laissait entendre que j’allais y perdre à la fois ma naïveté et mon bonheur.

C’est au hasard de l’apéritif que je me suis trouvée à côté de Guillaume, l’actuel compagnon de ma cousine Magali. Il se souvenait que mon mari vendait des voitures de sport et il en a profité pour me demander :

-Est-ce que je pourrais passer à son garage, pour obtenir un conseil ? Comme mes affaires marchent plutôt bien en ce moment, je voudrais faire une surprise à Magali et lui offrir une nouvelle voiture pour la Noël. La sienne donne des signes de fatigue… Mardi dernier, en sortant de sa réunion syndicale, elle a eu une panne sur l’avenue de Conches. Elle est rentrée à 2 heures du matin. J’étais fou d’inquiétude. Tu imagines ma pauvre petite Magali, seule en pleine nuit sur cette route isolée, à la merci du premier détraqué venu… !

Malgré moi, j’ai frissonné. Non pas que je me fasse du souci pour ma cousine Magali, qui a suffisamment de ressources pour se débrouiller, même seule, même à 2 heures du matin, même sur une route de campagne… Non, mais justement, il se trouve que, ce mardi-là, mon mari était rentré lui aussi à 2 heures du matin, en m’expliquant qu’il avait subi une panne de voiture après avoir quitté son club de sport. Et, bien que j’aie toujours eu une confiance totale en lui, un instinct secret m’a avertie que cette coïncidence-là méritait que je m’en inquiète. Aussi ai-je demandé, avec l’un de ces sourires faussement indifférents qui annoncent les tempêtes :

-Tiens, Magali s’est lancée dans le syndicalisme ?

-Oui, a répondu ce grand nigaud de Guillaume, avec cet air émerveillé qu’il prend toujours pour parler de sa compagne. Il paraît que, durant ses études, elle militait pour les droits des femmes, et qu’elle regrettait d’avoir négligé ses idéaux depuis qu’elle avait commencé à travailler. Au mois de Septembre, elle a donc repris une activité syndicale bénévole, elle participe à des réunions chaque mardi. C’est pourquoi il lui faudrait une voiture neuve. Peut-être à trois portes, de manière que…

Zut, je n’étais guère d’humeur à écouter la description de la voiture idéale pour ma cousine. J’étais surtout inquiète et, sans en avoir encore la preuve, je devinais obscurément que je méritais un oscar dans la catégorie des gourdes ! A égalité avec Guillaume, d’ailleurs…

Car au mois de Septembre dernier, au moment précis où Magali se redécouvrait de prétendus idéaux de militante, mon mari s’était justement souvenu qu’il avait été dans sa jeunesse, champion universitaire de judo. Et il avait souhaité se remettre à ce sport, « histoire de ne pas vieillir trop vite »… Bien entendu, l’impératrice des débiles (c’est à dire : moi !) s’était émerveillée devant ce regain de dynamisme. J’avais félicité mon cher époux, pour l’encourager à reprendre son sport favori au plus vite. Presque aussitôt, il s’était inscrit dans un dojo et, depuis, il rentrait chez nous le mardi soir en arborant une mine aussi épuisée que radieuse. J'avais aussi vaguement remarqué que, depuis sa reprise du judo, il insistait pour que je lui achète des chemises ou des cravates plus modernes, mais vous commencez à me connaître. Au lieu de me poser des questions, j’en avais conclu que mon cher époux ne voulait pas souligner la différence d’âge qui existait entre lui et les autres jeunes adultes judokas. Bien entendu, je voyais là une preuve supplémentaire qu’il vieillirait moins vite que les autres…

Comme je suis d’un naturel confiant, mon mari aurait pu continuer à me tromper en toute impunité, s’il n’avait pas eu la malchance d’être bloqué avec sa maîtresse par une panne de voiture (ce qui est un comble, pour un concessionnaire aussi avisé que lui !) et si de surcroît je n’avais pas échangé ces quelques mots fatidiques avec Guillaume, l’un des derniers crétins qu’a choisi de séduire ma cousine…

Magali, je puis vous la décrire en quelques mots : une grande Provençale, brune aux yeux verts, qui mesure un mètre 82 en talons aiguilles, et qui ne pèse jamais plus de 60 kilos, bijoux compris. Bref, elle représente physiquement tout ce que je déteste, tout ce que je ne suis pas et, surtout, tout ce que nos hommes adorent : si vous avez des doutes, allez donc demander à votre compagnon ce qu’il en pense !

D’ailleurs, ma cousine aussi sait qu’elle est superbe, et elle en joue pour attirer les hommes. Je lui ai connu de multiples histoires d’amour, avec plusieurs célibataires, quelques types mariés, deux divorcés et un veuf. Presque toujours, elle les a incités à rompre avec leurs épouses ou leurs compagnes, elle les a obligés à déménager pour se rapprocher d’elle, puis elle s’est lassée d’eux et elle les a abandonnés, ridicules, solitaires et désespérés. Je savais bien que son aventure avec Guillaume ne durerait pas plus que les autres, mais je n’aurais tout de même pas cru qu’elle oserait jeter ensuite les yeux sur mon mari. Ni qu’il se laisserait troubler par elle au point de s’inventer une activité sportive, histoire de pouvoir s’absenter tous les mardis soirs, avec les félicitations admiratives de son idiote d’épouse !

Comment réagir dans ces cas-là ? Je m’interdis par avance de faire une scène de ménage à mon mari, autant que d’aller insulter ma cousine ou de prévenir Guillaume qu’il est cocu. Ce n’est pas vraiment de l’indulgence envers eux, mais plutôt le souci de conserver une certaine élégance. De sorte que, pour ne pas éclater sous la pression du désespoir, j’ai appelé à l’aide mes meilleures amies.

Pour une fois, elles n’ont pas crié en chœur que je faisais des histoires alors que j’avais tout pour être heureuse, non, elles étaient plutôt embarrassées…

Sonia m’a conseillé de me venger en trompant mon mari au plus vite, avec le premier venu ou, si possible, pour que la vengeance soit complète, avec Guillaume.

Hélène m’a ordonné de divorcer, en m’expliquant que c’était une question de principe : on ne doit tolérer aucune infidélité, sinon le mari y prend goût et vous bafoue avec toutes les filles dont il croise le regard…

Enfin, Julie m’a expliqué qu’il n’y avait strictement rien à faire. Selon ce qu’elle a observé chez elle et au sein des couples de ses meilleures copines, c’est fatal : au delà de huit ans de mariage, tous les hommes trompent leurs femmes, c’est statistiquement prouvé.

…Eh bien non ! Je ne suis pas d’accord ! Et vous non plus, j’espère ! J’aime trop mon mari pour le tromper avec le premier venu, qui d’ailleurs ne m’inspirerait aucun désir ! Je refuse de divorcer pour qu’il se sente libre de courir après ma cousine Magali, et il est hors de question que je me résigne à subir ses infidélités régulières ! Moi, je désire avant tout récupérer mon compagnon, mon complice, tel qu’il était autrefois, avant que ma cousine provençale ne jette son dévolu sur lui. A cette époque pas si lointaine, il devait bien se retourner de temps en temps sur la silhouette des fausses blondes aux allures de mannequin, mais il n’oubliait pas qu’il m’aimait et qu’à nous deux, nous formions un couple, un vrai… Un de ceux qui restent unis autant par le désir que par la tendresse, les factures payées à deux, la maison que l’on a choisi ensemble d’acheter et de moderniser, etc… enfin bref, un de ces couples qui doit normalement résister même aux tentatives de séduction de la cousine Magali !

J’avais seulement négligé un détail : les hommes, même lorsqu’ils se prétendent casaniers et qu’ils souhaitent voir leur confort protégé par la présence d’une épouse paisible et stable, restent quand même attirés par les filles qui leur paraissent libérées et inaccessibles !

Mon mari n’est pas une exception et il a dû admirer, au hasard des fêtes de famille, la silhouette sportive, l’accent chantant et le maquillage lumineux de ma cousine Magali. D’autant qu’en douze ans de mariage, j’ai eu le tort de laisser s’installer quelques kilos superflus sur ma taille, trop occupée que j’étais à vouloir réussir dans ma vie professionnelle tout en protégeant le confort douillet de mon mari.

…Mais visiblement, je devrais me chercher d’autres armes. Par exemple, participer régulièrement à des séances de gymnastique ou de danse rythmique, jusqu’à ce que j’aie éliminé mes kilos superflus. J’indique donc à mon époux que désormais, il devra dîner seul deux soirs par semaine :

-Qu’est-ce qui te prend, bougonne-t-il.

Pour ne pas lui avouer mon désir pathétique de retrouver une silhouette rajeunie, je préfère suivre son exemple et …lui mentir !

-Je vais reprendre quelques cours de peinture : souviens-toi qu’autrefois, j’étais assez douée pour l’aquarelle.

-Mais pourquoi  tiens-tu à peindre, s’étonne-t-il.

-Voyons, chéri, exactement pour la même raison qui t’a poussé à reprendre le judo. Histoire de stimuler mon existence, et me sentir de nouveau artiste, comme je l’étais quand tu m’as connue… Souviens-toi !

-Ca n’a rien à voir, me répète-t-il avec cette logique spécifiquement masculine. Et d’ailleurs, pourquoi as-tu brusquement cette fringale d’activités nouvelles ?

S’il continue sur ce ton, je risque de me mettre en colère et de lui dire ce que je pense de …ma cousine ! Mais je préférerais ne pas en arriver là, aussi je fais l’effort de persister dans le même sourire angélique datant des fiançailles, et je lui rappelle doucement que, moi aussi, j’approche de la quarantaine. Que moi aussi, j’ai énormément de travail, et l’envie assez légitime de me détendre de temps en temps. Ce sont mot pour mot les arguments qu’il avait utilisés pour se remettre au judo, mais bizarrement, cela lui semble beaucoup moins convaincant, à mon égard :

-Avoue quand même que j’ai le droit d’être étonné !

-Absolument pas, mon chéri. Souviens-toi que tu admirais l’énergie de Magali parce qu’elle s’est relancée dans le syndicalisme, comme quand elle était jeune…

Mon allusion à ma cousine l’oblige à se détourner (peut-être parce qu’il craint de rougir ?) mais voici qu’il trahit involontairement son inquiétude :

-…Et tu iras seule suivre ces cours de peinture ?

Malgré moi, j’ai une soudaine envie de rire en découvrant qu’il est jaloux. Cela, je ne l’avais pas prévu, mais c’est un détail qui me rassurerait plutôt, car je peux en déduire qu’il a encore envie de me garder auprès de lui, …malgré les charmes de Magali !

Du coup, je suis la première surprise de m’entendre affirmer, avec un sourire faussement embarrassé :

-Bien sûr que non, je ne serai pas seule. C’est d’ailleurs un de mes clients qui m’a suggéré de l’accompagner à ces cours. Un directeur de banque, très drôle, très artiste, très… Enfin, bref, il est plus que sympathique, mais j’ai peut-être oublié de te parler de lui ?

Quand je vois la mine de mon mari se renfrogner ainsi, j’ai vraiment envie de me rapprocher de lui, pour l’embrasser en lui jurant que le seul directeur de banque pour lequel je travaille est homosexuel, et que de toute façon, depuis nos fiançailles, je lui reste d’une fidélité obstinée. Mais ce type d’aveu suffirait à anéantir tous mes projets et à me réduire dans son esprit au rang de la brave épouse aux idées épaisses, celle que l’on peut tromper avec négligence.

Je me force donc à demeurer indifférente, même à son sourire pathétique. Et c’est sur un ton presque agacé que je lui fais observer :

-Je n’ai pas fait tant d’histoires lorsque tu t’es remis au judo. J’avais confiance en toi ! Je savais bien que tu ne serais pas assez sournois pour aller batifoler à l’heure où je te crois sur le tatami… N’est-ce pas ?

Evidemment, cet exemple que j’ai choisi avec soin est mauvais. Aussi mon mari préfère-t-il partir fumer une cigarette sur le balcon, signe qui traduit chez lui une vigoureuse exaspération.

Loin de le plaindre, j’aurais plutôt envie de sourire…

Et, soucieuse de mener à bien mon plan de reconquête, je m’impose désormais un nouvel emploi du temps précis. Deux fois par semaine, je vais faire de la danse rythmique et de l’aquagym, je nage, je souffle et j’élimine… Mon mari n’a pas encore remarqué que ma silhouette commençait discrètement à se remodeler, en revanche il s’étonne que je revienne de mes cours sans jamais lui montrer de toiles ni de croquis. Lorsqu’il m’interroge à ce sujet, je prends un air faussement négligent pour lui dire que « mes œuvres ne méritent pas encore d’être exposées ».

Il n’ose pas protester, mais je sens bien qu’il a du mal à cacher ses doutes et sa jalousie. Il doit même en parler avec ma cousine Magali, car celle-ci me téléphone un matin, sous prétexte de prendre de mes nouvelles, ce qu’elle n’avait plus fait depuis l’année du baccalauréat :

-Allo ? Comment vas-tu, ma cousine préférée ? …Oh, moi, je m’ennuie avec Guillaume : il y a presque un an que nous sommes ensemble, c’est déjà la routine. Tu dois connaître cela avec ton mari, n’est-ce pas ?

Est-ce mon cher époux qui lui a demandé de m’extorquer des confidences ? Ou bien est-ce de sa propre initiative qu’elle veut savoir si j’ai un amant, peut-être pour atténuer ses vagues remords ? Dans le doute, je me contente de lui répéter que j’adore mon mari :

-Lui aussi est d’ailleurs toujours aussi amoureux de moi, lui glissé-je perfidement, pour la rendre jalouse au cas où il aurait osé lui faire croire que tout était fini entre nous.

-Après tant d’années, vous vous aimez encore, s’exclame-t-elle sur un ton incrédule.

Et, aussitôt après, elle insiste avec sa roublardise habituelle :

-Tu veux dire qu’en douze ans de mariage, tu ne l’as jamais trompé ? Et tu crois qu’il t’est fidèle, lui aussi ?

Sur le même ton, je riposte :

-Peut-être a-t-il eu quelques aventures avec des filles sans intérêt, mais de toute façon, il me revient toujours !

Et j’ajoute très vite :

-D’ailleurs, il ne peut pas me quitter. Il m’aime trop… Et en plus, comme nous sommes assez proches pour que je n’aie aucun secret pour toi, je dois t’avouer que mon mari a besoin de mon soutien, même sur un plan financier. Depuis deux ans, son commerce de voitures de sport a tendance à péricliter, il craint même de se retrouver en faillite ou en liquidation judiciaire. Bien sûr, je compte sur toi pour ne répéter ceci à personne.

Elle me jure que je puis avoir toute confiance en elle (la hyène !), et raccroche très vite. Trop vite…

J’ai toujours su que ma cousine Magali avait de gros besoins financiers, et qu’elle choisissait ses amants ou ses compagnons en fonction de leurs déclarations de revenus, mais je n’aurais pas cru que la simple allusion à une éventuelle faillite suffirait à l’éloigner aussi vite de mon mari. N’empêche que, le soir même, mon traître préféré paraissait ému, comme on l’est après une rupture trop brutale. Et dès le mardi suivant, il m’a annoncé qu’il allait renoncer au judo, sport décidément plus de son âge, et qu’il souhaitait que j’interrompe aussi la peinture pour que nous nous retrouvions, plus proches que jamais… A cet instant, il arborait ce fameux sourire qui fait pétiller son regard, ce qui m’attendrit et me charme en même temps, de sorte que j’ai gentiment  protesté:

-Voyons, tu parles comme si notre couple venait de traverser une crise ! Alors que nous nous sommes contentés de renouer avec nos anciennes passions, le judo et l’aquarelle. Il n’y a pas de quoi en faire un drame, n’est-ce pas… Du moment que nous nous aimons et que nous sommes fidèles… !

Mon cher époux me lance un regard vaguement embarrassé. Mais, voyant que j’ai retrouvé le sourire, il se persuade que mes propos ne recèlent aucune ironie, et il se rapproche de moi en murmurant, avec ce regard faussement sûr de lui :

-Tu sais bien que tu es la plus belle et la plus imprévisible des femmes. Comment pourrais-je vivre sans toi ? En douze ans de mariage, je n’ai pas envisagé une seule fois de te tromper…

Là, vous êtes témoins que je serais en droit de lui reprocher de me prendre pour la dernière des gourdes ! Moi aussi, je le sais, oui, mais vous avez déjà compris que je l’aime passionnément. J’en suis folle ! Au point de me réjouir même de l’entendre s’enfermer dans ses mensonges : j’y vois la preuve qu’il veut à tout prix me rassurer, à moins qu’il ne cherche à effacer Magali de sa mémoire.

Après douze ans de mariage, je regarde mon époux reconquis, et je m’aperçois que, lorsqu’il ment, il est peut-être encore plus séduisant que d’habitude. Je ne vais même plus tarder à l’embrasser, j’en ai trop envie ! Déjà, je suis incapable de lui en vouloir. Puisque, comme le rappellent régulièrement mes meilleures amies, c’est quand même grâce à lui que j’ai tout pour être heureuse !

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