L’ENFANT QUE NOUS AIMIONS DEJA

Nouvelle de Gérard MOREL parue dans le N° 3232

de l’hebdomadaire NOUS DEUX (9 Juin 2009)

 

 

Lorsqu’il rentra chez lui ce soir-là, Jean-Pierre n’eut vraiment pas besoin d’interroger Carole pour connaître les nouvelles. Rien qu’à la voir, négligemment allongée sur le canapé du séjour, il comprit qu’elle était malheureuse. Et surtout, déçue.

En effet, quelques secondes plus tard, tandis qu’il se débarrassait de son manteau et de son écharpe, Carole se précipita dans ses bras en faisant d’inutiles efforts pour retenir ses larmes :

-Je ne suis toujours pas enceinte ! C’est incompréhensible ! Jean-Pierre, tu sais bien que je désire plus que tout avoir un enfant… Et surtout un enfant de toi !

Tout en parlant, elle se laissait maintenant aller à sangloter, tandis que son mari essayait maladroitement de surmonter son embarras pour la consoler :

-Voyons, ma chérie, ce n’est pas si grave. Beaucoup de couples mettent du temps à concevoir leur premier enfant. C’est très courant, et il n’y a vraiment pas de quoi se décourager.

Sans cesser de pleurer, elle haussa les épaules :

-C’est ce que tu dis pour me rassurer. Mais tu sais bien que c’est faux. D’autant que tu m’as toi-même raconté qu’avec ta première femme, tu avais eu ton fils sans même le vouloir. Vous vous connaissiez à peine, vous suiviez vos études, vous n’aviez même pas envie d’être parents et vous l’êtes devenus, tout naturellement. Tandis que moi, depuis cinq mois qu’on a décidé ensemble de donner la vie, je me révèle incapable de te donner un enfant ! Malgré le désir que j’en ai !

Il tenta bien encore un effort pour la déculpabiliser en lui rappelant qu’avec sa première femme, il était très jeune lorsqu’il était devenu père, alors qu’il avait aujourd’hui 46 ans, mais Carole refusait de l’écouter.

Il est vrai qu’elle avait toujours rêvé de serrer un nouveau-né contre elle. Avant même de faire la connaissance de Jean-Pierre et de sentir qu’il était à la fois l’homme qu’elle aimait et le père qu’elle désirait donner à ses enfants.

Depuis qu’elle avait terminé ses études aux Beaux Arts, Carole illustrait des recueils de contes et légendes du monde entier. Ses dessins étaient repris dans des éditions étrangères, et son succès était tel qu’elle avait des commandes pour les trois années à venir, mais à ses yeux, un enfant était la seule véritable réussite d’une vie.

Et puis, Jean-Pierre la soupçonnait d’être un peu jalouse du couple qu’il avait formé quinze ans plus tôt avec Julie, sa première épouse.

Pourtant, lorsque Carole et lui s’étaient connus, et bientôt aimés, Jean-Pierre était divorcé depuis plusieurs années : Julie l’avait quitté pour refaire sa vie avec un riche expert-comptable et Jean-Pierre survivait de son mieux, en participant à un maximum de concerts, pour régler les dettes que lui avait laissées Julie, et aussi parce que c’était seulement en jouant du violon qu’il arriver à oublier la douleur que lui avait laissé cette rupture.

Il avait quarante ans passés et était persuadé de ne plus pouvoir intéresser personne. Carole avait été la première à percevoir sa détresse et à venir vers lui pour le rassurer, puis pour le consoler. Brusquement, devant elle, il avait eu honte de s’être autant abandonné à son chagrin, mais elle lui avait expliqué que, justement, elle entrevoyait dans sa souffrance toute sa sensibilité. Dès qu’elle l’avait connu un peu mieux, elle s’était montrée admirative des quelques disques qu’il avait enregistrés, au hasard de ses concerts ou de ses tournées. Tout comme lui avait été ébloui de découvrir chez elle, la première fois qu’elle l’avait invité, plusieurs chevalets et planches à dessins sur lesquels s’étalait le monde des contes, peuplé de lutins, de fées, de sorcières et d’enchanteurs.

Bref, ils étaient tombés amoureux de leurs univers réciproques avant même de s’avouer qu’ils s’aimaient, et ils avaient éprouvé ensemble une même volonté de s’unir pour construire un couple solide, durable, l’un auprès de l’autre.

Néanmoins, Carole n’avait jamais oublié qu’il avait été marié avec Julie durant plus de vingt ans, et que de leur union était né Michel, un jeune homme avec qui elle s’entendait d’ailleurs très bien. Mais tant qu’elle ne donnerait pas elle aussi un enfant à Jean-Pierre, elle n’aurait pas vraiment l’impression d’être son épouse. La seule qu’il aime. Et surtout la dernière, celle auprès de qui il finirait sa vie.

Constatant que rien ne pourrait la distraire ce soir de cette déception, Jean-Pierre lui suggéra de prendre un autre rendez-vous avec son gynécologue :

-Il pourrait te prescrire des analyses, dont le résultat nous renseignerait sur l’origine de ta stérilité …provisoire ! Avec les traitements actuels et les progrès permanents de la médecine, cela devrait pouvoir se résoudre. Surtout que tu as à peine trente ans, il nous reste donc largement de temps pour accueillir notre enfant, celui qui nous ressemblera tellement qu’il symbolisera notre amour !

Pour toute réponse, Carole se remit à pleurer :

-J’y ai pensé aussi. Mais j’ai peur que mon gynécologue m’annonce que je ne pourrai jamais te donner d’enfant. Comment réagirais-tu, dans cette hypothèse ?

Jean-Pierre hésita un instant. Il aurait pu dire à Carole qu’il ne tenait pas forcément à être père, puisqu’il avait déjà un fils. Mais une intuition lui souffla que cet argument risquait d’exaspérer sa jeune et fragile épouse plus que de la consoler.

Aussi lui rappela-t-il prudemment qu’il leur resterait toujours la solution de l’adoption :

-Ce qui nous permettrait d’accueillir ici un gamin déjà fait, tout beau, qui serait en détresse dans sa famille d’origine et qui découvrirait grâce à nous la chaleur d’un foyer. Je me doute bien que tu as envie de porter notre futur bébé, mais à mon avis tu t’attacherais très vite à cet enfant.

Carole daigna enfin sourire :

-Oui, c’est sans doute vrai. Tu me connais mieux que je ne me connais, Jean-Pierre.

Pour achever de la rassurer, Jean-Pierre lui promit de l’accompagner chez le gynécologue. Il suffisait qu’elle prenne rendez-vous un lundi, jour où il ne répétait jamais avec ses collègues du conservatoire et où il ne donnait pas de leçons de violon à ses jeunes élèves. Comme il sentait que cette perspective apaisait Carole, il en profita pour l’inviter à dîner dans un restaurant où l’on servait des spécialités franc-comtoises, sur la place du Général Hartemann.

Devant une assiette de pommes de terres à la cancoillotte, Carole parvint à esquisser quelques sourires, peut-être pour faire plaisir à son mari. Lui-même lui raconta les maladresses du nouveau chef d’orchestre qui les dirigeait. Au point que Carole finit par éclater de rire. De sorte que, lorsqu’ils regagnèrent leur pavillon, chacun des deux pouvait être se féliciter d’être venu à bout des préoccupations de l’autre.

Ce fut trois jours plus tard que Carole obtint un rendez-vous avec son gynécologue. Elle l’annonça à Jean-Pierre, mais elle eut alors la surprise de le voir contrarié par la date retenue :

-Ne peux-tu reporter ton rendez-vous en milieu d’après-midi ? Ou au lendemain ? J’ai promis à Michel de déjeuner avec lui, justement ce lundi-là. Il avait demandé à me voir en tête à tête, un midi. Et j’ai l’impression qu’il a besoin de moi.

Michel était le fils issu du premier mariage de Jean-Pierre. Il avait 24 ans, il venait d’obtenir son diplôme de jardinier-paysagiste et il se plaignait de devoir travailler comme surveillant dans un collège privé en attendant de se trouver un emploi qui corresponde à sa formation et surtout à sa passion pour la nature.

Carole connaissait ses ennuis, elle en parlait souvent avec lui car ils avaient su nouer des rapports de confiance. Aussi insista-t-elle auprès de son mari :

-Je t’assure que je peux aller seule chez mon gynécologue. En revanche, si Michel a souhaité partager un repas avec toi, c’est qu’il a besoin de te parler. Sans sa mère, ni moi.

-Oui, admit Jean-Pierre. Mais je ne voudrais pas que tu te sentes délaissée en un moment aussi important pour toi. Et pour nous deux.

Elle lui sourit, tout en se rapprochant de lui :

-Je sais que tu m’aimes, comme je t’aime. J’ai assez confiance en nous pour me sentir protégée par toi, même si tu n’es pas physiquement à mes côtés. Tu peux donc partager un repas avec ton fils en toute quiétude.

Elle le dit et le répéta assez pour que Jean-Pierre soit sûr qu’elle était sincère et qu’il pouvait aller retrouver son fils sans qu’elle lui adresse le moindre reproche.

De toute façon, ce lundi-là, elle devait subir des prélèvements pour connaître la raison de sa stérilité. Ce serait plutôt au moment des résultats qu’elle aurait besoin d’être épaulée, afin de pouvoir entendre le diagnostic du gynécologue, aussi douloureux soit-il.

-Comme tu voudras, admit Jean-Pierre.

Au fond, il était secrètement soulagé de ne pas devoir se décommander auprès de son fils, qui ne faisait presque jamais appel à lui et qui, cette fois, semblait avoir quelque chose d’important à lui demander, ou à lui annoncer.

En réalité, au fur et à mesure que cette date se rapprochait, Carole semblait se calmer. Comme si la perspective de rechercher l’origine de sa stérilité la rassurait en lui laissant espérer un traitement et une issue heureuse.

Et le soir des examens, lorsqu’ils se retrouvèrent tous deux, Carole se montra plutôt optimiste. Elle commença par dire à Jean-Pierre que le Docteur Dussardier exigeait de le rencontrer pour effectuer des prélèvements sur lui aussi, histoire de vérifier leur compatibilité. Et, avant même de décrire les tests qu’elle avait subis, elle s’inquiéta de connaître les préoccupations de Michel.

Malheureusement, Jean-Pierre n’avait aucune envie de répondre à son épouse sur ce point. Il tergiversa donc, en rappelant les difficultés de son fils à se trouver un emploi qui corresponde à ses compétences. Jusqu’à ce que Carole proteste, sur un ton agacé qui montrait qu’elle n’était pas dupe des efforts de son mari :

-Il y a plus d’un an que ton fils se plaint de son travail. Et tu veux me faire croire qu’il aurait tenu à te voir aujourd’hui, juste pour te répéter en tête à tête ce qu’il nous dit à chaque visite ?

Quand elle lui parlait sur ce ton, Jean-Pierre savait qu’elle avait deviné ses mensonges, ou ses réticences, et qu’elle ne le laisserait pas en paix tant qu’il ne lui aurait pas tout dit. Aussi se résigna-t-il à lui avouer sans plus attendre :

-Tu as raison. Michel a préféré me rencontrer seul pour me parler d’un souci que lui pose Samantha. Ils vivent ensemble depuis trois ans et elle lui a confié que, maintenant, elle désirait un enfant. Lui, il préférerait attendre d’avoir une situation stable. Aussi a-t-il voulu m’en parler, pour avoir mon opinion et savoir comment j’avais vécu ma paternité, quand j’avais à peu près son âge actuel.

-Mais, s’étonna Carole, je trouve sa démarche absolument naturelle. C’est même la confirmation de votre complicité, qui s’est maintenue malgré ton divorce. Pourquoi hésitais-tu à m’en parler ?

-Justement, balbutia Jean-Pierre, à cause de… De tes difficultés à…

Elle l’interrompit en devinant ce qu’il n’arrivait pas à dire :

-A cause de mon incapacité à concevoir un enfant ? Mais cela n’a rien à voir avec Michel ! Et je serai ravie si lui et Samantha ont très vite un bébé, j’espère que tu n’en doutes pas ! J’aimerais juste que leur enfant puisse jouer avec le nôtre !

Et elle était sincère, Jean-Pierre en avait la certitude.

Il fut néanmoins très perturbé lorsque Carole lui annonça, une semaine plus tard, que son gynécologue, le docteur Dussardier, lui avait téléphoné pour demander à ce que son mari soit présent à ses côtés pour les résultats.

-Il veut peut-être que tu puisses me soutenir quand j’entendrai son diagnostic, suggéra-t-elle.

Cette fois, Jean-Pierre, qui connaissait l’intuition de sa femme, préféra ne pas répondre. Afin qu’elle ne risque pas de percevoir ses nouvelles inquiétudes.

Mais il se souvenait avoir lu que certains cancers féminins ont la stérilité pour conséquence indirecte, et il tremblait à la perspective que Carole puisse être atteinte d’une de ces maladies.

Heureusement, elle ne semblait pas encore avoir envisagé cette éventualité. Il fit donc un maximum d’efforts pour ne rien laisser transparaître de son anxiété, même s’il lui arrivait de plus en plus fréquemment d’observer son épouse à la dérobée, pour tenter de déceler si elle manifestait des signes d’affaiblissement.

Dans la journée, il lui semblait impossible qu’une femme aussi dynamique et épanouie que Carole puisse porter en elle une maladie mortelle, mais la nuit, durant ses insomnies dues à l’angoisse, il se répétait qu’elle était peut-être condamnée à brève échéance. Et dans ce cas, il sentait qu’il n’aurait pas la force de la perdre.

Au fil des jours, il s’inquiétait tellement, qu’il finit par attendre avec impatience le matin du rendez-vous chez le gynécologue. Puisque, de toute façon, ce qu’annoncerait le docteur Dussardier ne pourrait qu’être rassurant, après tout ce que lui-même avait imaginé…

Ce fut au moment de faire démarrer la voiture pour se rendre avec Carole chez le spécialiste, que Jean-Pierre  envisagea une perspective soudain moins grave que toutes les angoisses qui l’étreignaient depuis plusieurs semaines. Après tout, peut-être que le docteur Dussardier avait exigé sa présence pour qu’il puisse soutenir Carole lorsqu’elle apprendrait qu’aucun traitement ne lui permettrait jamais d’avoir un enfant ? Certes, la jeune femme réagirait très mal à une nouvelle de ce type, mais du moins pourrait-elle continuer à vivre, et il leur suffirait de recourir à l’adoption pour être comblés par la présence de cet enfant tant attendu…

Avant de sonner à la porte d’entrée du médecin, Jean-Pierre pressa les mains de son épouse entre les siennes :

-N’aie peur de rien, mon amour. De toute façon, nous nous aimons.

Malgré ses propres appréhensions, Carole trouva la force de lui sourire, lorsque le docteur Dussardier ouvrit brutalement la porte de la salle d’attente pour les faire pénétrer dans son cabinet.

Lui aussi était visiblement embarrassé par ce qu’il avait à leur révéler. Il gagna du temps en bavardant un peu avec eux, puis il prit entre ses mains l’enveloppe adressée par le laboratoire :

-En réalité, Madame Laforge, vous n’avez aucun problème de santé. Les analyses précédentes sont confirmées, vous devriez pouvoir avoir un enfant à tout moment. Mais c’est vous, Monsieur Jean-Pierre Laforge, qui êtes atteint de stérilité.

Un instant, Jean-Pierre se sentit rassuré en comprenant que Carole n’était atteinte d’aucun cancer, que sa vie n’était pas en danger. Et que, dans ces conditions, elle finirait bien par réaliser son désir de transmettre la vie. Mais très vite, il voulut savoir quelle était la maladie qui l’atteignait, lui, et l’empêchait de concevoir un enfant.

-Non, soupira le docteur Dussardier, vous n’êtes pas malade. Mais vous souffrez d’une de ces malformations qui empêchent les hommes de procréer. Cela arrive beaucoup plus souvent qu’on ne l’imagine, parce que les personnes atteintes n’en parlent jamais. Ce n’est d’ailleurs pas grave, mais évidemment…

-Comment ai-je contracté cette infirmité, insista Jean-Pierre.

Maintenant, le médecin paraissait à la torture de devoir expliciter son diagnostic :

-Il s’agit d’un mauvais développement, qui remonte à votre puberté et qui…

Il s’interrompit, en devinant que Jean-Pierre n’allait pas manquer de protester.

Et en effet, celui-ci s’écria aussitôt :

-Voyons, Docteur, c’est impossible. Vous oubliez que j’ai eu un fils avec ma première épouse. Il a…

Mais là, ce fut soudainement au tour de Jean-Pierre de s’interrompre. Tout en parlant, il avait réfléchi à ce que sous-entendait le diagnostic médical.

Alors, très lentement, il interrogea :

-Etes-vous certain de ce que vous avez trouvé, Docteur ? Ne devrais-je pas subir quelques tests supplémentaires ? Au moins à titre de confirmation ?

Le médecin esquissa un sourire embarrassé, avant d’avouer :

-On peut toujours renouveler les tests. Mais ceux que je vous ai déjà prescrits sont sûrs. Vous vous doutez bien que je ne vous aurais pas parlé ainsi s’il subsistait le moindre doute…

-Oui, soupira Jean-Pierre. Je comprends.

Et il se tut, pour mieux s’enfoncer dans un abîme de réflexion. Carole devina qu’il pensait à son fils, aux jeux et au bonheur qu’ils avaient partagés jusqu’à ce jour, malgré le divorce.

Comme le Docteur Dussardier, exceptionnellement gêné, essayait de meubler le silence en interrogeant Carole sur les prochains livres qu’elle allait illustrer, Jean-Pierre finit par se lever, régler le prix de la consultation et sortir.

Dès qu’ils se retrouvèrent tous les deux dans la rue, Carole proposa à son mari d’aller se reposer un moment dans un café, mais il refusa son offre, comme s’il avait besoin d’assimiler seul ce qu’il venait d’apprendre. Elle l’admit et n’insista pas, de sorte qu’ils ne prononcèrent plus une parole jusqu’à ce qu’ils soient rentrés chez eux et que Jean-Pierre aille s’isoler dans sa salle de répétition, en défoulant sa détresse sur son violon.

Carole, qui l’écoutait de loin, sentait qu’il jouait mieux que jamais. Mais elle était plus inquiète qu’admirative, car cette virtuosité même lui confirmait la souffrance de son mari, et les interrogations qu’il devait se poser sur les relations qu’il aurait à l’avenir avec elle, ou avec Michel.

Elle finit par décider d’aller se coucher, pour qu’il se sente libre de continuer à jouer ou de la rejoindre.

Ce ne fut qu’au matin qu’elle sentit sa présence. Et encore ne dormait-il pas, malgré son air épuisé. Lui aussi vit qu’elle était éveillée, aussi lui demanda-t-il spontanément :

-Penses-tu que je doive tout révéler à Michel ? A ton avis, comment réagira-t-il ? Il va me regarder comme un imbécile, qui a élevé l’enfant d’un autre sans se douter de rien, n’est-ce pas ?

Carole soupira, et finit de retrouver ses esprits, avant de suggérer :

-A moins qu’il continue de te considérer comme un père formidable, qui a multiplié les concerts et les tournées pour l’élever et lui permettre de poursuivre les études qu’il s’était choisies.

Jean-Pierre resta silencieux un moment, avant d’oser demander :

-Et toi, comment me juges-tu ?

Elle prit le temps de l’observer un instant, avant de répondre avec un sourire rassurant :

-Pour moi ? Tu es mon mari. L’homme que j’aime. Et le père de l’enfant que je désire. Le reste, ce n’est pas mon histoire et je n’ai pas à y penser.

Elle se rapprocha quand même de lui, pour lui murmurer entre deux baisers sur l’oreille qu’elle était contente de savoir qu’elle pouvait avoir un enfant, ce qui leur laissait une double possibilité. Adopter officiellement un enfant, qui deviendrait le leur. Ou bien utiliser les nouvelles techniques médicales, pour avoir recours à un donneur anonyme.

-Réfléchis, lui conseilla-t-elle. Et choisis la solution que tu préfères. De toute façon, moi je sais que j’aimerai cet enfant. Et que tu seras pour lui un père merveilleux. Comme tu l’as été pour Michel.

Alors, il osa enfin répondre à ses baisers, avant de murmurer d’une voix déjà à demi rassurée :

-Tu as raison. On ne dira rien à personne, ce sera notre secret. Et cela me permettra aussi de devenir un vrai grand-père pour l’enfant de Michel. Je t’aime, Carole.

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